Violences Conjugales : vers un traitement interactionnel

Conférence de Dany Gerbinet

Introduction générale : exposé d'une heure trente, illustré par des vidéos de situations réelles, accessible à tout public.

Un regard particulier

Je voudrais vous proposer ici un regard particulier sur la problématique des violences sexuelles. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit là que d’un point de vue parmi beaucoup d’autres possibles. Je crois que notre lecture d’un phénomène quel qu’il soit est tributaire de toute une série de choses qui relèvent autant de l’observateur, et notamment de ses références théoriques, que du phénomène observé. Nous avons tous nos grilles de lecture… et il me paraît utile de s’en rappeler sous peine de tomber dans une prétentieuse confusion entre notre point de vue particulier et la vérité objective, que je crois hors de notre portée. Mais il s’agit déjà là d’un point de vue particulier. Le mien. Et celui-ci est façonné par l’épistémologie de Bateson et des chercheurs de l’école de Palo Alto. Une école qui est à l’origine d’une méthode thérapeutique particulière elle aussi : la thérapie brève.
Cette approche a de nombreuses caractéristiques :
Elle est relationnelle, interactionnelle
Elle est synchronique :
Elle aborde le comportement humain sous l’angle de la communication :
Et surtout, il s’agit d’une approche non-normative et non-pathologisante.

L’approche dominante

Bien entendu, il ne s’agit pas là de l’approche dominante dans notre société. Là, ce problème est généralement abordé, et traité, à partir de positions morales et idéologiques. C’est compréhensible : la violence sexuelle, en particulier la violence faite aux femmes et aux enfants, heurte violemment nos conceptions de la morale et suscite une légitime indignation. Je tiens à préciser d’emblée que je ne conteste nullement ces valeurs morales, auxquelles j’adhère.
Malheureusement, dans le champ de la thérapie, aborder le sujet à partir de positions idéologiques n’est peut-être pas la réponse la plus efficace à y apporter. Le risque est grand en effet d’entrer dans une logique selon laquelle il y a « les bons et les mauvais », ce qui va inévitablement « polluer » l’intervention.
Par exemple, dans la problématique « homme violent/femme battue », le professionnel qui se laisserait aller à prendre parti pour la victime risquerait non seulement de se couper de la possibilité de faire un travail avec l’homme, mais pourrait aussi réduire ses chances d’aider efficacement la femme : souvent, celle-ci se montre ambivalente devant le changement, en raison notamment du lien qui l’unit à son conjoint. Après tout, sans banaliser leur souffrance, si des femmes se retrouvent dans de telles situations et les supportent parfois de longues années, il y a des raisons. Ces raisons peuvent certes être de l’ordre de la peur (pour elles-mêmes, ou pour leurs enfants), mais aussi relever de sentiments amoureux, d’une image de leur conjoint qui n’est pas entièrement négative. Un professionnel qui ne prendrait pas ces ambiguïtés en considération pourrait ainsi générer des résistances, voire provoquer l’abandon de la thérapie par les patients. Personnellement, je pense qu’il vaut mieux sauver les personnes que les principes.

L'alternative

L’idée que je voudrais développer ici est qu’une intervention fondée sur des positions idéologiques risque de mener le professionnel à réduire considérablement sa marge de manœuvre, et de le priver d’une série d’outils qui pourraient lui être utiles pour apporter aux familles une aide efficace. Je voudrais aussi présenter une alternative et montrer qu’une approche non normative et non pathologisante permet d’aborder les situations sous un autre angle. Ce regard particulier posé sur les problèmes humains  permet à l’intervenant d’aborder sans jugement de valeur les situations de violence intra familiales, ce qui peut accroître l’efficacité de l’intervention et donc accélérer la résolution de ce type de problèmes.

Dany Gerbinet | Thérapie brève stratégique | +32 (0) 473 807 329 | danygerbinet@skynet.be